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L’Hôtel Gaillard (1878-1882)

Place du Général-Catroux

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La façade principale

Représentant à Paris de la banque grenobloise fondée par son grand-père et collectionneur d’œuvres d’art, Emile Gaillard (1821-1902) fit bâtir son hôtel particulier dans un quartier en pleine expansion, à proximité du parc Monceau. Il acquit des terrains en bordure du boulevard Malesherbes en 1878, afin d’y implanter deux immeubles de rapport à des fins locatives, sur les rues de Thann et Georges-Berger, en plus de sa résidence personnelle.

Il sollicita un jeune architecte, Jules Février (1842-1937), qui avait à son actif plusieurs hôtels particuliers de style néo-classique et néo-Louis XV, bâtis dans la plaine Monceau où il s’était d’ailleurs installé avec son épouse. En 1876, l’architecte avait en outre réalisé un premier hôtel particulier néo-Renaissance pour la sulfureuse Valtesse de La Bigne (1848-1910). 

Pour les hôtels particuliers destinés à la location, Février imagina deux architectures d’inspiration classique. Pour la résidence personnelle d’Emile Gaillard, il fit en revanche appel aux styles du passé, dans le but de créer un écrin adapté aux collections de son commanditaire, grand amateur d’art du Moyen-Âge et de la Renaissance. Il étudia avec attention les édifices de la vallée de la Loire et, plus exactement, deux modèles de choix : les châteaux de Gien et de Blois.

La création de l’Hôtel Gaillard témoigne ainsi de la vogue du style Louis-XII dans la France des années 1870-1880, dont il reprend les grands caractères : l’appareil « brique et pierre », les hautes toitures d’ardoises, les épis de faîtage, les lucarnes ouvragées et les larges ouvertures, les motifs de losange en briques brunes (voir C. Gastaldo, « Jules Février (1842-1937), architecte méconnu à l’origine de l’hôtel Gaillard », Livraisons de l’histoire de l’architecture, 33 | 2017;  https://journals.openedition.org/lha/761).

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L’Hôtel Gaillard, à l’angle de la rue Georges-Berger

L’Hôtel Gaillard fut vendu à la mort de son propriétaire et une grande partie de la collection d’œuvres d’art du banquier fut dispersée. La Banque de France se manifesta pour acquérir l’ensemble immobilier constitué par Emile Gaillard, afin d’y installer une succursale. En 1913, c’est finalement l’Union des Femmes de France qui acheta l’hôtel particulier de la rue de Thann et, en 1915, l’industriel Fernand Javal, celui de la rue Georges-Berger, occupé pendant quelques années par l’ambassadeur du Vatican, Eugène Clari.

La Banque de France récupéra toutefois les deux édifices : elle échangea, en 1919, un immeuble dont elle était propriétaire contre l’Hôtel de Thann et put, la même année, acquérir l’hôtel particulier de la rue Georges-Berger, parvenant ainsi à réunir les bâtiments indispensables à l’ouverture d’une succursale.

A la fin du XXe siècle, l’annonce de la fermeture de la succursale Paris-Malesherbes de la Banque de France suscita la mobilisation d’admirateurs pour obtenir la protection de l’Hôtel Gaillard. L’Etat procéda, en 1998, à son inscription au titre des Monuments Historiques, puis à son classement en 1999. L’établissement bancaire, transformé en antenne économique au début du XXIe siècle, ferma définitivement ses portes au début de l’été 2006.

Deux projets de reconversion se sont opposés : l’un, porté par la Banque de France, proposait la création d’une Cité de l’Economie ; l’autre, élaboré par l’association des Amis du général Dumas, honoré sur la place du Général-Catroux, soutenait la création d’un mémorial de l’esclavage et d’une maison des outremers. Propriétaire des lieux, la Banque de France souhaita conserver son projet de Cité de l’Economie, qui vit le jour en 2019.

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Le corps de logis principal

Les façades latérales de l’Hôtel Gaillard s’appuient sur un haut soubassement en pierre et possèdent deux niveaux percés de fenêtres à meneaux, que sépare un épais bandeau de pierre. La façade principale, plus composite et monumentale, juxtapose pavillons à toitures élevées et corps de bâtiment plus ou moins étroits. Les fenêtres du corps de logis principal et du gros pavillon occidental éclairent le bel étage; les fenêtres du registre inférieur donnent sur les pièces de l’entresol. 

La porte principale est surmontée d’un arc en accolade et encadrée de pinacles, reprenant les caractères visibles des édifices de la première Renaissance française. Les fenêtres à meneaux de pierre sont flanquées de colonnettes à chapiteau ou couronnées d’une corniche reposant sur des culots figurés de petits personnages.

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Deux marmousets : un moine copiste et un artiste dessinant

Ces petits personnages qui animent la façade au niveau des fenêtres rappellent les marmousets que l’on trouve dans l’architecture française du XVe siècle. Les marmousets de l’Hôtel Gaillard ne sont néanmoins pas tous des créatures fantastiques, représentées dans des attitudes grotesques ou extravagantes, mais adoptent en revanche une position massée sous un culot, comme les modèles dont ils s’inspirent.

Jules Février céda à l’usage, répandu au XIXe siècle, de « citer » créateurs et commanditaires dans le décor sculpté de l’édifice (voir l’effigie de Viollet-Le-Duc à Notre-Dame ou les portraits insérés dans les parties hautes du dôme du Sacré-Cœur) : il donna en effet ses traits et ceux de son commanditaire à deux marmousets, vêtus d’un costume Renaissance, l’un muni du compas et l’autre, d’une bourse.

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DSCF9592    DSCF9593    banque France place G. Catroux

Quatre marmousets

Cette assemblée composite rassemble tous les types possibles : un moine copiste, un artiste dessinant, un centaure à l’attaque, une chimère en proie à une créature, une demoiselle à sa toilette, un musicien jouant du luth… 

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Une gargouille

Des balustrades en pierre à remplage ajouré soulignent la base des toitures, de certaines lucarnes en pierre et quelques fenêtres. Des gargouilles en pierre, affectant la forme d’animaux fantastiques, sont placées au  niveau des balustrades ajourées, afin d’éviter le ruissellement des eaux pluviales sur les murs. Certaines gargouilles isolées, probablement en plomb, semblent être purement décoratives.   

   

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Une lucarne

Des pinacles encadrent les lucarnes, surmontées d’un gâble à fleurons. Le tympan des lucarnes est en outre orné d’un semis de fleurs et de la lettre « G », pour « Gaillard ». 

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  Les gouttières à tête de dauphin

Les gouttières en fonte qui descendent de la corniche terminale et présentent une tête de dauphin au niveau du soubassement sont des copies fidèles des gouttières du château de Blois.

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Une porte donnant accès au vestibule, coiffé d’une voûte d’arêtes

L’Hôtel Gaillard adopte un plan en forme de « U », qui comprend un corps de logis principal, flanqué de deux ailes aménagées le long des rues de Thann et Georges-Berger.

La porte d’entrée donne accès à un étroit vestibule, fermé de portes en bois sculpté à motifs d’arc en accolade, de fleurons et de lancettes. Ce vestibule, coiffé d’une voûte en brique à nervures de stuc, est éclairé par un lustre de style hollandais, suspendu à une clé ouvragée. Il desservait, à droite, les pièces de service du rez-de-chaussée et, à gauche, l’Escalier d’honneur, qui menait vers les appartements privés de l’entresol et les salles de réception de l’étage.

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L’Escalier d’honneur

Cet escalier monumental possède une volée centrale qui s’élance vers un large palier, depuis lequel deux volées latérales conduisent à l’étage. Il repose sur des arcs surbaissés reliés par des piliers gothiques en stuc à l’imitation la pierre dissimulant une armature métallique. Ces éléments contrastent harmonieusement avec la couleur rouge-brun des briques recouvrant les murs. 

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L’élévation de l’Escalier d’honneur et l’une des volées latérales menant à l’étage, avec un détail du dallage du rez-de-chaussée 

Espace d’introduction aux salles de réception, l’Escalier d’honneur se singularise d’emblée, au rez-de-chaussée, par son dallage ornant le rez-de-chaussée, qui évoque les bordures décoratives des tapisseries (frise de tiges et feuilles de vigne, entrelacs, quadrilobes, fleurs de lys…).

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La voûte nervurée de l’Escalier d’honneur

L’Escalier d’honneur donne une idée du faste avec lequel Emile Gaillard voulait recevoir ses hôtes. Sa partie centrale, plus large et plus haute, est recouverte d’une voûte à nervures de stuc, alors que les parties latérales sont charpentées. Les clés de la voûte sont décorées de motifs végétaux et la base des nervures, de couronnes végétalisées. Le sommet des murs est en outre couronné d’une frise composée de tiges et de feuilles aux contours déchiquetés.

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Le pavement des paliers intermédiaires et de la loggia

Les paliers intermédiaires et la loggia de l’étage possèdent un pavement de faïence plus précieux, orné de blasons aux armes de France et de Bretagne. Il est la réplique parfaite du pavement de la chapelle Saint-Calais du château de Blois, que le faïencier employé à l’Hôtel Gaillard avait restauré entre 1845 et 1870.

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L’ancienne salle à manger de la famille Gaillard

Le palier de l’entresol donne accès à l’ancienne salle à manger de la famille Gaillard, couverte d’un plafond à la française et ornée de boiseries. Selon la pratique souvent adoptée au XIXe siècle, le décor de cette pièce est composite, c’est-à-dire constitué d’éléments anciens et d’éléments créés en complément au XIXe siècle. Les boiseries des murs proviennent ainsi, pour partie, du château d’Issogne, dans le Val d’Aoste, vendu au XIXe siècle et sa décoration gothique, démantelée. Des boiseries à motif de plis de serviette complètent les panneaux originaux du registre supérieur.

La cheminée est également composite : les trois arcades centrales de l’entablement datent de la fin du XVe siècle, de même que la corniche inférieure et la base des piédroits. Les autres éléments ont été sculptés au XIXe siècle. Le médaillon de La Trinité accroché à la hotte est un élément décoratif ancien, mais le contrecœur (ou taque) a été créé au XIXe siècle.

Les poutres du plafond s’appuient sur des pilastres de menuiserie soutenus par des corbeaux, tous créés au XIXe siècle, décorés d’animaux affrontés ou de putti, placés de part et d’autre d’un blason vierge. La partie haute des murs est ornée de tentures murales fleurdelisées, en partie conservées et restaurées, qui accentuent l’atmosphère de pièce historique recherchée par Emile Gaillard.

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  La cheminée de l’ancienne chambre d’Emile Gaillard et le cabinet de toilette du directeur de la succursale

La salle à manger inaugure les appartements privés de la famille Gaillard, qui comprennent quatre chambres et leur salle d’eau attenante. Elle communique directement avec l’ancienne chambre d’Emile Gaillard, que la Banque de France transforma en bureau du directeur de la succursale.

La cheminée et les portes en bois sculpté de la chambre sont composites, mêlant des éléments du XVIe siècle et des restitutions du XIXe siècle.

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La tête grimaçante du bandeau de la cheminée du bureau du contrôleur

La pièce suivante des appartements privés de la famille Gaillard fut également transformée par la Banque de France pour servir de bureau au contrôleur de la succursale Paris-Malesherbes, autrement dit du directeur administratif et financier. Elle est couverte d’un plafond à la française et garnie de deux éléments décoratifs datés du XVIe siècle, dans le style de l’école de Fontainebleau : une cheminée et une porte en bois sculpté et doré.

Le bandeau de la cheminée est composé d’un motif végétal agrémenté de sphinges , de bustes féminins et de masques, qui environnent une tête centrale grimaçante et des mascarons aux angles. 

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Les trophées d’armes de la porte

La porte est encadrée de deux colonnettes, qui soutiennent un entablement couronné d’une corniche à denticules. Son unique vantail présente deux registres : le registre inférieur comprend quatre panneaux taillés en diamant et le registre supérieur, une arcature ornée de trophées d’armes en relief.

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La nymphe de l’entablement

L’entablement présente un large cartouche à enroulements, occupé par une nymphe vêtue d’une simple draperie et couchée dans un paysage.

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Le panneau du saint Georges

Il faut regagner le palier de l’Escalier d’honneur, emprunter l’une des volées latérales pour atteindre la loggia du premier étage et accéder à la première salle de réception : le petit salon. Emile Gaillard y avait opté pour une présentation très dense d’objets d’art, témoignant de son goût et de son statut de collectionneur parfaitement accompli. 

La grande porte d’entrée, la cheminée en pierre d’Istrie du XVIe siècle et les deux portes menant au grand salon peuvent aujourd’hui encore être admirées. Les parties centrales de ces portes datent du XVe siècle et représentent, l’une saint Georges, combattant le dragon ; et l’autre, sainte Geneviève, portant un livre et un cierge, qu’un ange allume et qu’un diable tente d’éteindre. Un troisième panneau décore une porte à l’intérieur du grand salon, représentant le prophète Joël.

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Le grand Salon à l’époque d’Emile Gaillard et l’un des pleurants « anciens » de la cheminée

Cette vaste salle servit de cadre au bal costumé donné par Emile Gaillard le 10 avril 1885 pour célébrer les débuts en société de sa fille Antoinette-Jeanne. Elle était alors richement décorée, avec le même phénomène d’accumulation, quasiment du sol au plafond, que le petit salon précédent.

On y voit encore aujourd’hui la cheminée monumentale en pierre ornée de pleurants, inspirée par l’art bourguignon de la fin du XVe siècle. Cet ouvrage remarquable fut augmenté d’éléments modernes pour adapter le volume de l’âtre aux dimensions de la pièce, mais les trois pleurants situés dans la partie centrale de l’entablement sont des sculptures anciennes.

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Une vue de la tribune et le sommet d’un pilier

Le grand salon possède une tribune en bois, en grande partie datée du XVe siècle, dont la balustrade est constituée de panneaux ajourés ornés du blason aux armes de France. Cette tribune, qui accueillit l’orchestre de la fête de 1885, repose sur des potences, dont la face supérieure porte la figure d’un prophète. Les piliers situés entre le grand salon et la pièce suivante sont couronnés de petites scènes figuratives.

   

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Le hall du public de la succursale Paris-Malesherbes

Lorsque l’architecte de la Banque de France, Alphonse Defrasse (1860-1939), dirigea les travaux de reconversion de l’Hôtel Gaillard, il respecta autant que possible le décor des appartements privés. Il modifia en revanche les salles de réception et détruisit la galerie de tableaux qui se situait dans le prolongement du grand salon.

Il édifia également un grand hall à l’emplacement de la cour intérieure commune aux trois hôtels particuliers bâtis par Jules Février. L’architecture de ce grand hall, de style « Art Déco », se caractérise par des formes simples, qui reprennent habilement les particularités ornementales du bâtiment originel (murs en briques polychromes, corbeaux en pierre sculptée, réseau flamboyant des verrières). Le grand hall de la succursale Paris-Malesherbes était consacré à l’accueil du public et aux petites opérations courantes.  

Le côté septentrional du grand hall communique avec l’Escalier du puits qui dessert les trois étages de la partie occidentale de l’Hôtel Gaillard. 

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L’escalier du puits

Cet escalier à vis en pierre interprète plus sobrement l’escalier de François Ier, au château de Blois. Il doit son nom « au trépied en ferronnerie qui orne le sommet du tronc central auquel était suspendu, au XIXe siècle, une lanterne que l’on pouvait descendre au moyen d’une poulie mécanique comme un seau dans un puits. » (voir M.-H. de Bazelaire, J. Rocha, L’Hôtel Gaillard. Cité de l’Economie, Paris, éd. du patrimoine, 2019, pp. 46-47).

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Billet de John Law

On peut rejoindre la salle des coffres, située exactement sous le grand hall du public, en empruntant l’escalier du puits. Reconvertie en salle d’exposition, cette salle présente la collection de monnaies, de médailles et de billets de la Banque de France.

Un billet de la banque de John Law, devenue banque royale le 4 décembre 1718, est présenté, avec d’autres documents de la collection des premiers papiers-monnaies français. Le billet ci-dessus est libellé ainsi : La Banque promet payer au porteur à vue mille livres tournois en espèces d’argent / Valeur reçue à Paris le 15 [février] 1719.

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La presse d’impression des assignats et la presse monétaire de Thonnelier

Les différentes presses constituent le clou de l’exposition, notamment la dernière presse d’impression des assignats de la Révolution encore existante, datant de 1795, que la Monnaie de Paris a bien voulu déposer à l’Hôtel Gaillard. On peut également voir la presse de Nicolas Thonnelier servant à frapper la monnaie, datant de 1845, déposée par le musée des Arts et Métiers.

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Une presse d’impression de billets

Les visiteurs nostalgiques du franc seront ravis de découvrir l’une des presses ayant servi à l’impression du billet de 100 francs à l’effigie du peintre Eugène Delacroix. 

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