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L’église Sainte-Odile (1935-1946)

Avenue Stéphane-Mallarmé

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L’église Sainte-Odile depuis la rue de Courcelles

Située près de la porte de Champerret, l’église Sainte-Odile revient à l’initiative de Monseigneur Eugène-Edmond Loutil (1863-1959), curé de la praoisse de Saint-François-de-Sales. Dédiée à la sainte patronne des Alsaciens, dont la communauté était implantée dans ce quartier en pleine expansion, à la lisière de Paris, elle se signale par son clocher aux airs de minaret.

Monseigneur Loutil sollicita l’appui du cardinal Verdier, responsable des Chantiers du Cardinal, qui lui accorda volontiers son soutien mais, déjà en charge de plusieurs chantiers de construction, ne put contribuer financièrement au projet. Monseigneur Loutil recourut alors à la générosité publique et, une fois les fonds réunis, fit appel à l’architecte Jacques Barge. Dans un contexte régi par la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la construction d’une nouvelle église financée par des dons privés revêtait un pari audacieux. Les travaux débutèrent en 1935, initialement pour trois ans, mais furent ralentis par les grèves et l’arrivée au pouvoir du Front populaire, et surtout par la déclaration de la guerre en 1939.

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Le portail et la façade sptantrionale de l’église Sainte-Odile

Jacques Barge s’inspira de l’architecture byzantine, mais adopta des moyens de construction résolument modernes : la structure de l’église Sainte-Odile est ainsi réalisée en béton armé, que son concepteur fit rehausser de briques en grès rose de Saverne, pierre de la cathédrale de Strasbourg. Il adapta l’édifice à la contrainte d’une parcelle très étroite et profonde, insérée dans un tissu urbain et ne pouvant offrir qu’une seule façade latérale.

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clocher

La partie supérieure du clocher

L’église Sainte-Odile est dotée d’un clocher décagonal, considéré comme le plus élevé de Paris : il culmine en effet à 72 mètres de hauteur. Sa silhouette élancée, visible depuis le grand carrefour de la place de Jérusalem, lui donne un air de minaret, malgré le coq en cuivre repoussé et la croix qui en terminent l’élévation. Construit en briques roses pendant les années de guerre, le clocher de Sainte-Odile est percé d’abat-sons qui s’ouvrent, dans sa partie supérieure, sur les dix faces de la tour, puis d’ouvertures qui laissent passer la lumière du jour.

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façade extérieure

La façade septentrionale de l’église Sainte-Odile

De l’extérieur, l’église Sainte-Odile, avec ses trois dômes, rappelle lointainement la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Son unique façade, percée des grandes verrières, regarde le square Sainte-Odile. De cet emplacement, le passant peut apprécier, en hiver, l’architecture de l’église dans son ensemble.

Les verrières sont séparées par de puissants contreforts et coiffées de tympans pointus qui contiennent les symboles de la Trinité : la Croix, la colombe du Saint-Esprit et la main de Dieu. Le mur de la nef est scandé de pinacles qui se dressent entre les tympans des verrières et le tambour des dômes.

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clocher et dôme     chevet

Le clocher, l’un des dômes et le chevet de l’église

Le point de vue sur l’église, depuis le boulevard de la Somme, permet de voir le clocher, l’un des dômes et les bâtiments paroissiaux, construits en rez-dechaussée derrière le chevet de l’édifice.

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ste odile porche     détail anges

Le porche de l’église Sainte-Odile et une partie du chœur des angles, à droite de la porte

Le porche monumental de l’église Sainte-Odile dessine une grande archivolte, dont le tympan et les piédroits sont entièrement sculptés d’un bas-relief composé par Anne-Marie Roux-Colas.

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détail tympan

Sainte Odile, la Vierge Marie, le Christ et Dieu le Père

Ce relief, qui comporte de nombreuses figures, représente sainte Odile, au milieu des neuf chœurs des anges, introduite au Ciel par la Vierge Marie. Celle-ci la présente à son Fils, vêtu d’une chasuble, et à Dieu, qui bénit le monde de sa main. Tous deux paraissent dans une mandorle figurée par les paroles en latin : VENI ODILA SPONSA CHRISTI ACCIPE CORONAM QUAM TIBI DOMINUS PRAEPARAVIT IN AETRRNUM (« Viens, Odile, épouse du Christ, reçois la couronne que le Seigneur t’a préparée dans l’éternité »). Aux pieds de la sainte, des anges portent le livre contenant la règle de la communauté monastique et présentent une église, probablement la maquette de la première église construite sur le mont Sainte-Odile, du vivant de la sainte.

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grille     cabochon

L’une des grilles du porche et un exemple de cabochon

Le porche est fermé par des grilles en ferronnerie ornées de cabochons en verre, taillés par Auguste Labouret (1871-1964). Ces grilles donnent accès à un narthex, dont la forme trapézoïdale permet de rattraper le désaxement de l’église par rapport à l’avenue. On voit, contre le mur de droite du narthex, un bas-relief de cuivre repoussé, rehaussé de cabochons de verre de couleur, représentant Saint-Christophe, réalisé par l’un des maîtres du genre au début du XXe siècle, Robert Barriot (1898-1970).

Le narthex s’ouvre sur la nef par trois portes de cuivre rouge : à gauche, une porte permet d’accéder à l’auditorium, où est situé l’orgue, ainsi qu’au clocher.

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La nef et les verrières de la façade septentrionale

L’église comprend une seule et large nef, coiffée de trois coupoles ajourées de petites fenêtres, qui symbolisent la Trinité. Cette nef est délimitée, au sud, par des chapelles voûtées en cul-de-four, et fermée, au nord, par de grandes verrières. Elle aboutit à un choeur très profond et rejeté dans la pénombre, clos en hémicycle par de grandes arcades reposant sur de hautes colonnes.

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taureau

Le taureau

Les coupoles, d’une envergure exceptionnelle, rendue possible par l’usage du béton armé, ne reposent sur aucun support. Elles sont séparées d’arcs-doubleaux qui retombent sur des chapiteaux ornés de reliefs, sculptés par Anne-Marie Roux-Colas, représentant les symboles des quatre évangélistes : l’aigle de Jean, l’ange de Mathieu, le taureau de Luc et le lion de Marc. 

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verrière

La verrière de sainte Odile

Les grandes verrières de la nef, réalisées entre 1935 et 1937 par le maître-verrier François Décorchemont (1880-1971), illustrent l’évangélisation de la France. Malgré leur exposition au nord, elles apportent une grande luminosité à l’intérieur de l’édifice : cette luminosité est liée à la nature même de la technique, mise au point par l’artiste et appliquée par lui seul : une pâte de verre moulée et assemblée au ciment, alors que le vitrail traditionnel est composé de plaques de verre colorées, peintes et assemblées au plomb.

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portrait1     portrait2

Deux visages contemporains issus de la verrière de sainte Odile : l’architecte Jacques Barge et le maître-verrier François Décorchemont

Des portraits d’hommes contemporains de la construction de l’église se glissent discrètement dans la foule des fidèles au registre inférieur de la verrière : on reconnaît le cardinal Verdier, suivi de Mgr Loutil, portant la maquette de l’église, auprès de l’architecte Jacques Barge ; ainsi que le maître-verrier François Décorchemont, qui se représente sous la figure d’un mendiant aveugle.

Cette verrière centrale raconte la vie pittoresque de sainte Odile. Les deux autres verrières sont placées sous la protection des archanges Raphaël et Gabriel, racontent l’évangélisation à l’époque mérovingienne. Saint Raphaël est associé à saint Rémi, sainte Radegonde, saint Denys, saint Pothin, sainte Geneviève et saint Eloi.

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armoiries

Le blason de la Ville de Paris, avec le navire sur les flots, voile au vent, et surmonté d’un bandeau orné de fleurs de lys, est placé près de sainte Geneviève

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sacré coeur 

Dans la lancette consacrée à la vie de saint Denys, au registre médian, la basilique du Sacré-Cœur, édifice résolument moderne, semble avoir servi de modèle à l’artiste ! L’archange Michel est associé à saint Léger, sainte Foy, saint Martial, sainte Solange, saint Martin et saint Germain.   

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chapiteau arcades

Une scène du pèlerinage deu mont Sainte-Odile

Les grandes verrières reposent sur un élément d’architecture caractéristique de l’époque romane : une suite d’arcades en plein cintre reposant sur des colonettes géminées, ornées de chapiteaux sculptés par Anne-Marie Roux-Colas. Ces chapiteaux représentent des personnages en marche qui illustrent le pèlerinage du mont Sainte-Odile.

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chapelle latérale     statue vierge

La chapelle latérale centrale avec la statue de Sainte Odile guérissant une petite fille aveugle, par Gérard Ambroselli et, à droite, La Saintre Vierge offrant son Enfant au monde, par Anne-Marie Roux-Colas, disposé dans la chapelle latérale située au fond de la nef.

Trois chapelles latérales voûtées en cul-de-four font face aux trois grandes verrières du mur septentrional. Ces chapelles, méublées d’un maître-autel et de rares statues, posées sur de hauts socles, ont un décor très dépouillé, si l’on excepte le couvrement losangé par la brique des parties basses du mur.

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Le choeur et un détail du maître-autel

Dans le chœur, le devant du somptueux maître-autel, conçu par le maître-verrier Auguste Labouret (1871-1964), étincelle de mille feux. Pour parvenir à ce résultat, Labouret utilisa une technique nouvelle :  des dalles de verre épaisses éclatées au marteau, ce qui permit de multiplier les éclats de la matière. Le décor représente deux paons de couleur orangé au milieu de pampres gris pâle et d’entrelacs dorés.

  Le fond du chœur est occupé par les sept panneaux de cuivre rouge repoussé et émaillé du retable monumental, conçu et réalisé par Robert Barriot. Il représente, au registre inférieur, les sept églises de l’Apocalypse et, au registre supérieur, les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse, autour du Père Eternel.  

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