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Le quartier du « groupe des Batignolles »

Avenue de Clichy

auguste guerbois henri Lévy     manet café guerbois

Henri Lévy (1844-1914)Auguste Guerbois (1824-1891), propriétaire du café Guerbois, huile sur toile, Paris, musée d’Orsay

Edouard Manet, Au café Guerbois, 1869, plume et encre, Cambridge, Fogg Art Museum

Peu avant 1870, la jeune peinture française fréquentait le quartier des Batignolles, où Edouard Manet avait élu domicile. Les jeunes Renoir, Sisley et Degas, Fantin-Latour et Bazille, Monet, Pissaro et Cézanne retrouvaient celui qu’ils considéraient comme leur chef de file au café Guerbois (9-11, Grand’rue des Batignolles, aujourd’hui 9, avenue de Clichy), et dont ils appréciaient la peinture « par tons clairs et couleurs vives » (T. Duret).

Manet côtoyait volontiers ces jeunes admirateurs, comme l’explique Claude Monet : « Ce fut en 1869 seulement que je [revis Manet], mais pour entrer dans son intimité aussitôt, dès la première rencontre. Il m’invita à venir le retrouver tous les soirs dans un café des Batignolles où ses amis et lui se réunissaient au sortir de l’atelier pour causer. J’y rencontrai Fantin-Latour et Cézanne, Degas qui arrivait peu après d’Italie, le critique d’art Duranty, Emile Zola qui débutait alors dans les Lettres, et quelques autres encore. J’y amenai moi-même Sisley, Bazille et Renoir » (cité dans M. et G. Blunden, La Peinture de l’impressionnisme, Genève, 1981, p. 74). L’assemblée comprenait également les sculpteurs Zacharie Astruc et Bracquemond, le photographe Nadar, le poète Stéphane Mallarmé.

C’est dans ce café que se décida la première exposition des impressionnistes chez Nadar, en 1874. Ce petit cénacle quitta toutefois les Batignolles et le café Guerbois après 1875, pour le café de la Nouvelle Athènes, situé au n°9 de la place Pigalle. Le café Guerbois ne disparut pas tout de suite, mais céda, en 1904, la place à la brasserie « Muller ». Son emplacement est désormais occupé par un magasin de vêtements, qui efface malheureusement toute trace de ce point de ralliement du « groupe des Batignolles », futurs impressionnistes.

marchand couleurs des impressionnistes

La maison du marchand de couleurs de Manet

Le café Guerbois se situait à quelques pas de la maison de Monsieur Hennequin, Grand’ Rue des Batignolles (11, avenue de Clichy), où Manet se fournissait en pinceaux et en couleurs. 

De la maison Hennequin subsiste la mosaïque enserrant les fenêtres de l’étage de l’immeuble qui abritait encore l’échoppe d’un marchand de couleurs jusqu’à une date récente. Des tessons rouges suggèrent trumeaux et encadrements de fenêtres, sur un fond à dominante grise, où se détachent deux pinceaux chargés et une palette composée. Un bandeau porte l’inscription « Maison fondée en 1830 ».

Rue de Rome

Portrait_of_Stéphane_Mallarmé_(Manet)

Edouard Manet

Portrait de Stéphane Mallarmé (1842-1898), 1876, huile sur toile, Paris, musée d’Orsay

Le 15 mars 1875, le poète Stéphane Mallarmé, familier des réunions au café Guerbois autour de son ami Edouard Manet, s’installa dans un modeste logement situé au 87, rue de Rome (devenu le n° 89 en 1884). Outre Manet, il y reçut Henry de Régnier, Paul Valéry, Nadar, Pierre Louÿs, Ravenne, Huysmans, Verlaine… lors de rendez-vous qui devinrent les « mardis de la rue de Rome ».

Dans le Supplément littéraire du Figaro, Georges Moore écrit : « La partie de la rue de Rome qui confine à la place de l’Europe est bordée de belles maisons, mais l’extrémité, dès que l’on a passé le boulevard extérieur, n’est plus qu’un bas quartier. La maison qu’habitait Mallarmé ne payait guère de mine et ne me paraissait pas de celles où l’on fait antichambre, tant il est vrai que nous sommes tous influencés par les apparences. Un escalier mal tenu et tortueux montait en spirale étroite jusqu’au-delà du troisième étage. Au quatrième, la porte me fut ouverte par un petit homme trapu, entre deux âges, dont l’aspect était celui d’un ouvrier français, et dont la voix prit un accent de cordialité quand il apprit que j’étais porteur d’une recommandation de Villiers [de l'Isle-Adam]. Il m’invita à la suivre. Nous entrâmes dans une petite salle à manger où il y avait, à un bout, un poêle en porcelaine blanche et, à l’autre bout, une fenêtre. Comme mobilier, une table et quelques chaises rangées le long des murs. » (« Mes souvenirs sur Mallarmé », Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche, n° 236, 13 octobre 1923, p. 1).

Dans le même journal, Gustave Kahn témoignait : « Mallarmé me reçut un mardi soir (il réserva toujours les mardis soirs à ses accueils) dans son étroit logis de la rue de Rome, dans cette salle à manger brune où, dans le fond, une horloge paysanne, qu’atteignait à peine la lueur d’une lampe centrale, semblait attendre que l’énigmatique corbeau d’Edgar Poe vint se placer sur sa plate-forme. Aux murs quelques toiles : mieux visibles, des dessins originaux de Manet, pour l’illustration des poèmes d’Edgar Poe. Il me présenta à Mme Mallarmé, déjà émaciée, avec de beaux yeux souffrants. Sa fille, Geneviève, tout enfantine encore, cousait auprès de sa mère en regardant parfois deux minuscules perruches vertes, jouets vivants, dans une cage, près de la fenêtre. Mallarmé fumait sa pipe devant la cheminée de faïence blanche. Le grog apporté, Mme Mallarmé et sa fille disparurent comme des ombres. » (« Stéphane Mallarmé (Avant la gloire)« , Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche, n° 231, 8 septembre 1923, p. 1).

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