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Le boulevard des Batignolles (1864)

Angle de la rue de Rome

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Le terre-plein du boulevard des Batignolles, avec le lycée Chaptal

Créé sur le tracé de l’Enceinte des Fermiers Généraux, le boulevard des Batignolles engloba l’intérieur et l’extérieur de l’ancien mur d’octroi en 1860 et prit sa dénomination actuelle en 1864. Il relie la place de Clichy à la place Prosper-Goubaux, située à l’embouchure du boulevard de Courcelles. Le boulevard des Batignolles est, sur toute sa longueur, divisé par un large terre-plein planté d’arbres et de parterres buissonnants. 

pont du boulevard des Batignolles

Le pont du boulevard des Batignolles

Il enjambe les voies ferrées de la gare Saint-Lazare grâce à un pont métallique, jeté entré les rues Boursault et de Rome. Ce pont, construit en treillis, contient le tunnel de la ligne 2 du métropolitain parisien.

Giovanni Boldoni 1874 place de clichy   bonnard batignolles

Giovanni Boldoni (1842-1931)La Place de Clichy, 1874, huile sur toile, 60 x 98 cm, Valdagno (Vénétie), collection Marzotto

Pierre Bonnard  (1867-1947)Le Boulevard des Batignolles, vers 1901, huile sur toile, 58 x 35,8, vente Christie’s, New York & London, 3 avril 2018

Trait d’union entre les quartiers de l’Europe, au sud, et des Batignolles, au nord, cette artère très animée délimite également les VIIIe et XVIIe arrondissements. Edouard Manet (1832-1883) y eut un logement au n° 34, entre les mois d’octobre 1864 et novembre 1866. De jeunes peintres d’avant-garde, parmi lesquels Frédéric Bazille (1841-1870) et Claude Monet (1840-1926), fréquentèrent les Batignolles pour y retrouver celui qu’ils considéraient comme leur chef de file. Ces artistes, futurs impressionnistes, se réunissaient régulièrement au café Guerbois, avenue de Clichy.

D’autres peintres, comme Giovanni Boldoni, célèbre portraitiste mondain, s’aventurèrent jusqu’à ce nouveau quartier du nord-ouest parisien. En 1924, Pierre Bonnard prit un logement au 48, boulevard des Batignolles et composa plusieurs tableaux montrant la place de Clichy ou la chaussée et le terre-plein du boulevard que l’artiste pouvait observer quotidiennement.

 

Place de Clichy

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La rotonde des anciens magasins de F. Luce

Le boulevard des Batignolles est gardé, du côté impair, à l’angle de la rue de Saint-Pétersbourg, par la rotonde des anciens magasins F. Luce. L’enseigne commerciale faisait partie des Grands Magasins de la place de Clichy, qui encadraient les rues de Saint-Pétersbourg et d’Amsterdam. La rotonde s’ouvrait aux clients par de larges arcades décorées de refends. 

place de Clichy

L’horloge de la rotonde

La rotonde s’élève sur plusieurs niveaux séparés par une corniche intermédiaire. Elle est identifiable à son dôme conique couvert d’ardoises et à son horloge, hélas ! désormais figée à la même heure.

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Un chapiteau orné d’une tête de Mercure

Ses parties hautes sont ornées de motifs végétaux sculptés et les principaux niveaux, scandés de pilastres colossaux. Ces pilastres sont couronnés de chapiteaux, dont le feuillage et les volutes laissent apparaître des mascarons. Une tête de Mercure, dieu du commerce, regarde la place de Clichy.

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L’immeuble aux mascarons -10, boulevard des Batignolles

De l’autre côté du boulevard, l’immeuble de rapport, situé au n° 10, bâti probablement dans la foulée de l’annexion de 1860, affiche la prétention de ce nouveau quartier de Paris. Sa façade, construite en pierre de taille, possède onze travées sur rue, traversées par deux balcons à garde-corps en ferronnerie qui filent sur toute la largeur de la façade à des niveaux différents.

Un décor sculpté plus considérable met en valeur les trois travées centrales. Des têtes féminines à la chevelure coiffée d’une pièce de tissu, parée de fleurs et terminée par des tresses, se logent sous l’entablement des fenêtres du second étage. Des têtes d’hommes barbus et échevelés dominent les fenêtres du premier étage et de grands ailerons encadrent celle du milieu.

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L’immeuble à la porte cloutée, à l’angle de la rue Lécluse

L’immeuble « néo-Renaissance », situé à l’angle de la rue Lécluse, appartient en revanche aux constructions pittoresques édifiées avant le rattachement des Batignolles à Paris. L’entrée principale s’ouvre logiquement sur la rue Lécluse, qui se trouvait encore à l’extérieur de la capitale. 

Les façades sont surchargées de motifs sculptés : elles s’élèvent sur quatre étages, séparés par de simples bandeaux de pierre, auxquels s’ajoute un cinquième niveau, précédé d’un balcon filant. 

porte cloutée

La porte d’entrée -2, rue Lécluse

Sa porte cloutée, voûtée en plein cintre, est flanquée de pilastres parcourus de motifs végétaux et couronnés de chapiteaux à feuillages et volutes. Ces pilastres supportent de grandes consoles décorées d’acanthe, qui soutiennent un entablement marqué par l’écusson au chiffre de la rue.

Les écoinçons de la porte sont décorés de rinceaux fleuris et son encadrement sculpté, parcourus d’une suite d’arceaux et de coquilles, comprise entre deux frises d’olives.

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Le linteau sculpté des fenêtres

Les fenêtres sont encadrées d’une fine moulure décorative et surmontées d’un petit entablement, qui repose sur des consoles regroupées par quatre, trois ou deux, selon les étages.

Le linteau des fenêtres est décoré de corbeilles de fruits et de rinceaux, au premier étage, et de têtes félines crachant de semblables rinceaux, au second étage. D’autres reliefs à motif de corbeille de fruits se logent, au premier niveau, entre chaque entablement.

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Deux immeubles de rapport – 34 et 36 boulevard des Batignolles

C’est un esprit très différent qui règne sur les façades des immeubles de rapport situés aux n° 34 et 36. Le style est sobre, sévère et classique : décor de refends et appareil régulier de pierres, pilastres cannelés à chapiteau ionique, frontons pointus pour couronner chaque fenêtre.

Les portes d’entrée s’insèrent dans des encadrements moulurés, que surmontent des entablements à consoles. Au n° 34, le linteau est décoré d’un grand cartouche au chiffre de la rue, de guirlandes de fleurs, entre deux consoles à enroulements, ornées de feuilles d’acanthe et de chutes d’ornements végétaux.

Le style de la porte marquée du n° 36 est plus géométrique : le linteau possède une clé trapézoïdale, avec le chiffre de la rue fixé entre deux enroulements à gros bourrelets, des motifs de crosses végétales, entre deux consoles aux formes simplifiées. L’immeuble de rapport du n° 36 est signé et daté : « A. Bérard Architecte 1883 » et « Buet et Cie sculpteur ».

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Le pavillon à la palette et au maillet – 21, boulevard des Batignolles

De l’autre côté du terre-plein, un petit pavillon retient l’attention : il est élevé en bordure du trottoir et ne comprend que deux étages. Il devance nettement la façade raffinée d’un édifice plus important, doté de grandes baies vitrées à petits carreaux. Élevé au fond d’une cour, cet édifice est probablement l’ancien hôtel Fournet, évoqué sur le pignon de mur voisin, qui proposait aux voyageurs un restaurant, des appartements et des chambres.

Le relief sculpté de la porte du petit pavillon, représentant une palette, des pinceaux, un compas et un maillet, fixés à un ruban avec une feuille de palme et une branche de laurier, rappelle que le peintre et sculpteur Aimé Millet (1819-1891) vécut en ces lieux et y mourut en 1891.

boulevard des Batignolles

Le mur peint d’une ancienne publicité

Sous l’inscription relative à l’hôtel Fournet, le pignon de l’immeuble voisin porte encore une ancienne publicité vantant les mérites de la crème de cirage éclipse. L’image représente une éclipse inversée : la tête souriante d’un soleil jaune recouvrant la tête à l’expression malheureuse d’une lune sombre.

 

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Le Temple des Batignolles

Le clocher du Temple des Batignolles n’est pas très élevé ni fort remarquable, mais sa toiture pointue ne passe pas complètement inaperçue. L’édifice actuel remplace un premier temple en bois, bâti en 1834 pour la communauté protestante des Batignolles, et devenu insuffisant quelques années plus tard. C’est Louis Vernes, pasteur des Batignolles, qui sollicita l’architecte Félix Paumier (1854-1921) pour sa construction.

Le chantier débuta en 1895 et s’acheva en 1898. De style néo-roman, la façade principale du nouveau temple, construite en pierre de taille, fait face au boulevard. Elle est flanquée d’un clocher couvert d’une toiture d’ardoises très élancée et sommée d’une croix.    

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L’immeuble aux lanternes – 33, boulevard des Batignolles

Les façades des immeubles en pierre de taille élevés sur les derniers mètres du tronçon précédant les voies ferrées n’échappent pas à une certaine monotonie. Elles déclinent le même modèle : décor de refends, balcons filants sur d’imposantes consoles, pilastres cannelés, fenêtres à fronton.

La porte d’entrée de l’immeuble du n° 33 retient toutefois l’attention, car elle s’insère dans un encadrement mouluré qui englobe le rez-de-chaussée et l’entresol, éclairé par deux lanternes fixées dans la pierre. Le trumeau et le pourtour des fenêtres jumelées de l’entresol sont parés d’une boiserie sculptée qui rappelle le bois vernis des vantaux de la porte d’entrée. Un mascaron reprenant l’effet du bois vernis est ajusté sur la clé de voûte, contrastant singulièrement avec la blondeur de la pierre. C’est une tête féminine aux yeux clos, dont la chevelure, séparée par une raie médiane, retombe sur les épaules en grosses boucles.

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L’immeuble à la tête au collier de perles – 35, boulevard des Batignolles

Un mascaron à visage féminin accueille également les résidents de l’immeuble du n° 35 : elle porte une coiffe, fixée sur le front et retombant sur les épaules, ainsi qu’un collier de perles autour du cou. Ses cheveux, tirés sur les tempes et rassemblés sur la nuque, laissent échapper deux mèches serpentines. Cette tête hiératique, au regard aveugle et à la bouche légèrement pincée, se détache d’un médaillon qui forme l’ornement principal du fronton de la porte d’entrée.    

   

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L’immeuble aux têtes casquées – 37, boulevard des Batignolles

Le décor sculpté de l’immeuble situé au n° 37 ne distingue pas la porte d’entrée, mais les fenêtres jumelées du bel étage, au niveau des travées centrales. Ce sont apparemment les bustes d’une même Minerve casquée, placés à la jonction de deux frontons.

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52, boulevard des Batignolles

De l’autre côté du terre-plein, l’architecture moderne de deux immeubles imposants rompt avec l’historicisme qui caractérise la majorité des immeubles du boulevard des Batignolles.

L’immeuble situé aux  n° 48 et 50 privilégie les formes géométriques simples. Les lignes épurées de sa façade, reprises à chaque niveau, sans aucun ornements sculptés, sont uniquement perturbées par le profil légèrement bombé des quatre travées centrales et par les décrochages successifs des derniers étages. Bâti en 1932, cet immeuble possède une ossature en béton armé, dissimulée sous un revêtement de pierre. De gros piliers à facettes divisent les baies de chaque niveau en deux ou quatre petites fenêtres rectangulaires.

L’immeuble voisin, signé et daté « A. Duclos Architecte S.A.D.G. 1934″, se dresse à l’angle de la rue Puteaux. Il se caractérise également par des formes simplifiées et géométriques, avec une préférence pour l’angle droit, tout en faisant quelques concessions à la ligne courbe et à la sculpture ornementale.

La porte d’entrée est insérée dans une large voussure sommée d’une clé et de branches chargées de fruits et de fleurs. Les deux façades de l’immeuble sont reliées par une travée arrondie, qui rejoint deux avant-corps en saillie sur l’entresol. Des guirlandes végétales couronnent chaque avant-corps, dont le dernier étage est flanqué de pseudo-pilastres cannelés. Les balustres cylindriques des garde-corps rythment l’ensemble de la composition : ils protègent les fenêtres, délimitent la loggia et les balcons de la travée arrondie, en alternance avec des garde-corps en ferronnerie. 

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Le lycée Chaptal (1866-1876)

 La façade du lycée Chaptal se dresse à l’angle de la rue de Rome, au-delà des voies ferrées de la gare Saint-Lazare. Fondé en 1819 par Prosper Goubaux (1795-1859), l’établissement, d’abord privé, fut créé sur un îlot délimité par les rue Blanche et de Clichy. On lui donna d’abord le nom d’Institution Saint-Victor, puis d’école municipale François Ier en 1844, avant d’être rebaptisé en 1848, sous l’autorité de la Ville de Paris, collège municipal Chaptal.

Prosper Goubaux proposa alors aux édiles de « créer un collège français offrant aux jeunes gens qui se destinent au commerce et à l’industrie avec des études plus spéciales (…) une éducation propre à élever les cœurs et les esprits ». Les bâtiments disparates et exigus du vieux collège Chaptal se révélant insuffisants et incommodes, on décida, en 1863, d’en élever de nouveaux sur un vaste quadrilatère encore libre, formé par le boulevard des Batignolles et les rues de Rome, Bernoulli et Andrieux.

L’architecte Eugène Train (1832-1930) suivit à la lettre le programme établi par la Ville de Paris, véritable préfiguration des « maisons d’école » de Jules Ferry. Il imagina un plan en trois collèges organisé autour d’une cour, avec une entrée propre pour chaque division, reliée par des galeries couvertes aux services communs (gymnase, réfectoire…) dans l’enceinte de l’établissement.

De gros pavillons, couverts d’un toit en pyramide tronquée, pour certains sommés d’un lanternon, renforcent la présence de l’établissement et lui donnent une allure de forteresse. La polychromie de la brique associée à la pierre et des frises de carreaux émaillés, les tirants de fer ouvragés, la corniche en dents de scie et les chéneaux ajourés en terre cuite, composent une architecture agréable à contempler.

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La porte principale

Eugène Train semble s’être librement inspiré de l’architecture romane, dont il reprend les baies jumelées et voûtées en plein cintre et les motifs de palmette. Les grandes portes en arc de triomphe évoquent plutôt l’architecture de la Renaissance.

La porte principale est devancée par un portique monumental, qui repose sur un bel entablement, soutenu par deux pilastres et deux colonnes à chapiteau composite. L’entablement sert d’appui à une grande voussure dont le tympan contient un cartouche au nom de l’établissement. Deux petits pilastres cannelés et décorés de volutes reposent sur le même entablement et soutiennent un grand pignon couronné d’une tête de Minerve casquée.

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L’élévation de la porte principale

Les niveaux supérieurs sont occupés par des fenêtres voûtées en anse de panier, un balcon à balustres et consoles de pierre et un grand arc terminal, qui surplombe le tympan aux armes de la Ville de Paris. La grande porte est en outre flanquée de contreforts qui enserrent deux portes secondaires et des reliefs allégoriques.

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Les médaillons des reliefs

Ces reliefs à la gloire des sciences et des arts s’articulent autour de deux médaillons ceints d’une épaisse guirlande de fruits et figurés d’une tête féminine.

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Vue du Sacré-Coeur de Montmartre, prise du boulevard des Batignolles

La promenade du boulevard des Batignolles offre une vue inhabituelle du Sacré-Cœur : il suffit de regarder vers la Butte Montmartre pour découvrir les dômes et le campanile de la célèbre basilique.

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  Le théâtre Hébertot 

La façade du théâtre Hébertot fait au lycée Chaptal, de l’autre côté du boulevard des Batignolles. Son histoire est liée à la scission de la commune de Clichy, séparée du hameau de Monceau en 1830, pour créer la commune des Batignolles-Monceaux. La nouvelle municipalité sollicita aussitôt l’autorisation d’exploiter une salle de spectacle et de passer outre le privilège accordé, en 1815, aux frères Sevestre relatif à la direction des petits théâtres des environs de Paris. 

N’obtenant pas satisfaction, elle soutint l’initiative de Besançon Souchet qui, afin de contourner le privilège des Sevestre, fit bâtir, rue Lemercier, une salle destinée officiellement à accueillir des fêtes et des bals, mais dont le mobilier amovible permettait la transformation rapide en théâtre. La salle de spectacle fonctionna pendant trois ans mais, faute d’autorisation officielle, l’établissement fut contraint à la fermeture.

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Le détail de la frise en façade : les comédiens et les musiciens

Lorsque l’ouverture d’un théâtre aux Batignolles fut accordée en 1838, sa direction revint aux frères Sevestre. C’est l’architecte Adolphe Azémar (1807-1864) qui se chargea de sa construction en bordure du mur des Fermiers Généraux. Reconstruit et agrandi vers le milieu du XIXe siècle, puis dirigé par Alexandre-Hippolyte Chotel, metteur en scène et professeur de déclamation, le théâtre des Batignolles s’imposa comme une scène notable. Il faillit toutefois disparaître lorsque la société gérant l’établissement se déclara en faillite en 1886.

En 1907, Rodolphe Darzens reprit la direction du théâtre devenu entre-temps « théâtre des arts » et fit venir de grands metteurs en scène et des acteurs renommés. Fermé en 1939, puis rouvert l’année suivante, sous la direction du dramaturge et journaliste Jacques Hébertot (1886-1970), qui lui donna son nom actuel, le théâtre Hébertot est aujourd’hui l’un des théâtres privés réunis sous l’enseigne des « Théâtres parisiens associés ». Doté d’une belle salle à l’italienne, il est accolé à une seconde salle de moindre capacité, baptisée « Studio Hébertot ».

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Le square Monceau

Une porte ordinaire, rehaussée d’un bleu soutenu et marquée du double n° 82-84, retient un peu plus loin l’attention des passants. Elle dissimule une voie privée terminée en impasse, dont l’existence, depuis le boulevard, est seulement suggérée par l’inscription « square Monceau ». Bâtie par la compagnie d’assurance-vie L’Abeille-Vie en 1888, cette voie privée comprend six immeubles et quatre hôtels particuliers, autour de deux cours pavées et plantées d’arbres.

Le square Monceau est lié à la construction galopante des Batignolles et à son embourgeoisement à la fin du XIXe siècle. Il présente une façade classique à refends et frontons sur le boulevard, signée et datée « H[en]ri Blot Arch[itec]te 1889″.

 

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L’immeuble aux deux atlantes (1894)

L’immeuble du n°86, à la façade d’inspiration gothique et Renaissance, possède un oriel en saillie sur la travée de droite qui a la particularité d’être porté par deux consoles en forme d’atlantes.

L’oriel de la travée de droite est éclairé de larges baies vitrées, dont les garde-corps alternent la pierre et le fer forgé. Des pilastres décorés de grotesques et de médaillons montrant des visages enfantins présentés de trois-quarts réunissent les premiers étages. Les pilastres des derniers étages sont ornés de candélabres enflammés.

De simples pilastres colossaux encadrent les fenêtres jumelées de la travée de gauche. Une frise décorative d’arceaux couronne l’élévation de l’immeuble aux deux atlantes, sous un balcon filant qui longe le dernier étage sous comble.  Des balcons y soulignent deux niveaux non consécutifs. 

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La porte d’entrée

La porte d’entrée à deux vantaux décorés de petits carreaux aveugles est surmonté d’un étage décoré de refends horizontaux. Elle est encadrée d’un arc en plate-bande dont les extrémités retombent sur des culots à feuillages. 

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Louis Walle (1863-1942)

L’entrepreneur J. Berjot sous l’apparence d’un atlante, 1894, pierre, façade de l’immeuble deux atlantes

Autoportrait sous l’apparence d’un atlante, 1894, pierre, façade de l’immeuble aux deux atlantes

Représentés sous la forme de termes, les atlantes de l’oriel ont des visages fortement individualisés, à l’expression presque furieuse. Leur musculature flasque est toutefois plus réaliste qu’herculéenne, malgré la peau du lion de Némée leur ceignant la taille. Chaque atlante passe un bras au-dessus de la tête, comme si l’avancée en encorbellement reposait en partie sur ses épaules et son dos.

La moustache de l’atlante de gauche et la barbe de son acolyte, ainsi que leur chevelure méchée, évoquent le type de deux hommes vivant sous la Troisième République.

Ces deux « atlas » modernes constituent en fait les portraits de l’entrepreneur J. Berjot et du sculpteur parisien Louis Walle, tous deux  à l’origine de l’immeuble et de sa décoration.

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Les immeubles aux têtes de faunes – 55-59, boulevard des Batignolles

Les immeubles monumentaux, bâtis en 1899 par l’architecte Charles Lefebvre, s’inscrivent clairement, côté impair, dans une veine haussmanienne. Leur façade est rythmée par de nombreux éléments décoratifs qui ne laissent aucun repos à l’œil : réseau de refends caractérisant les niveaux inférieurs, balcons discontinus supportés par d’imposantes consoles à enroulements, travées en léger ressaut, pilastres à chapiteau composite, cartouches et mascarons débordant des frontons, entablements doriques à métopes et triglyphes… 

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Les grandes portes d’entrée

Trois grandes portes voûtées en plein cintre forment l’entrée de ces immeubles cossus : elles englobent le rez-de-chaussée, réservé aux commerces, et l’entresol, qui possède un garde-corps en bois. Chaque vantail est couronné d’un fronton en chapeau de gendarme faisant écho au couronnement du bel étage. Ces grandes portes donnent accès à un vestibule sinueux qui mène à une cour intérieure. 

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Le passage Geffroy-Didelot

Du côté pair, au n° 90, un passage pavé et piétonnier relie le boulevard des Batignolles à la rue des Dames : le passage Geffroy-Didelot. Cette voie de l’ancienne commune des Batignolles-Monceaux, ouverte en 1843 et rattachée à la voirie parisienne en 1863, est relativement préservée du bruit causé par la circulation automobile du boulevard des Batignolles.

Le passage Geffroy-Didelot arrive par conséquent à poing nommé pour ceux qui aspirent à des instants paisibles ! Perpétuellement pavoisée, cette voie d’une centaine de mètres abrite aujourd’hui un atelier d’enseignement artistique, un restaurant, une bijouterie, une galerie d’art…  Ses façades aux couleurs vives sont charmantes, même si elles n’ont probablement plus rien à voir avec les échoppes d’autrefois.

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L’immeuble aux armes de Théophile Defresne – 96, boulevard des Batignolles

L’immeuble situé un peu plus loin intrigue en raison d’un grand cartouche, sommé du casque de Mercure et flanqué de cornes d’abondance. Ce cartouche porte une table dédicacée à la gloire de Théophile Defresne, lauréat de l’Ecole supérieure de pharmacie de Paris en 1870.

Spécialisé dans la fabrication de produits pharmaceutiques, le pharmacien fit fortune en commercialisant la pancréatine et les pilules digestives, au point d’investir dans la pierre. Il sollicita, en 1889, l’architecte Paul Héneux (1844-1909), connu pour ses constructions « brique et pierre » (caserne de Montmartre, hôpital Bretonneau), pour bâtir l’immeuble du boulevard des Batignolles.

La grille de la porte d’entrée, marquée de la lettre « D », et la dédicace aux armes (deux sphinx encadrant un pancréas et un estomac stylisés, avec deux branches de mûrier) illustrent l’orgueil et la réussite du pharmacien devenu bâtisseur.

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L’immeuble de l’ancien Grand Bazar Monceau -63, boulevard des Batignolles

Une enseigne renommée marquait, au début du XXe siècle, le débouché du boulevard des Batignolles, du côté impair : le Grand Bazar Monceau. Symbole de modernité d’un quartier en pleine expansion, le Grand Bazar Monceau ne manquait pas d’attraits, si l’on en croit un article du Petit Journal paru en 1911, au moment des fêtes de fin d’année :

« Cette maison, qui chaque jour s’agrandit davantage, est peut-être comme organisation l’établissement le plus moderne de Paris. Tout est neuf, tout est d’une netteté et d’une propreté méticuleuses. A l’occasion du jour de l’an, son directeur, M. Berton, a banni d ses rayons tous les objets qui ne seraient pas susceptibles d’être offerts en étrennes. Il n’y a que des articles d’étrennes exposés, mais toutes les dernières nouveautés y sont et à des prix réellement avantageux (jouets scientifiques, animaux en peluche, jeux de société, etc., etc. » (G. Delas, « Les Etrennes. Pas d’étude rétrospective. Que devons-nous offrir ? », Le Petit Journal, 18 décembre 1911, p. 2).

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Vous pouvez également consulter cet article :

Le café Guerbois

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